Les Nouet à Aubussargues

Marguerittes Louise Nouet 

 

     Cette famille est suivie dès la deuxième moitié du XVI eme siècle. Ses membres sont tous habitants d’Aubussargues et vivent alors dans une maison, donnant sur la place du village. Pierre Nouet, époux d’Isabeau Bourdonne, devient consul d’Aubussargues, et c’est son nom qui figure sur le compoix réalisé, en 1669. Son fils, Louis, apprend très tôt le travail de la laine et    devient maître cardeur, s’inscrivant ainsi dans le schéma bien connu de la proto- industrie. Cette activité consistait à fournir de la laine aux marchands d’Uzès qui la transformaient en drap. C’est certainement grâce à cette activité fondamentale dans notre région, que les Nouet se portent acquéreurs de la coseigneurie. Il épouse la fille du bayle, Domergue Audibert, en 1624. Les Nouet appartiennent tous à la communauté protestante et ce dès l’apparition de la Réforme. Parmi les familles alliées, on note entre autres : Mestre (de Collorgues) et Devèze (d’Aubussargues).

     Sur le compoix de 1669, Jean Nouet possède une maison de 156 m² ainsi que des terres couvrant environ 6 hectares. Il fait partie des 12 personnes les plus possessionnées sur le terroir d’Aubussargues. L’agriculture est donc un complément aux revenus produits  par son activité textile. Les actes notariaux  montrent que leurs épouses apportent des dots foncières. C’est le cas de :  Domergue Audibert,         ( vignes, olivettes, devois, maison et cour sur la place d’Aubussargues), Jeanne Bonnier ( terres à blé). Parallèlement, les Nouet achètent des terres pour agrandir leur propriété en 1675, 1679, 1694, 1695, pour réunir environ 9 ou 10 hectares.

Jean Nouet, tout comme son grand-père avant lui, est consul d’Aubussargues, en 1713. Il a épousé Louise Carrière, fille de Céphas Carrière, notaire royal, et d’Isabau Roux. Dans les actes de baptêmes des enfants on retrouve les noms des parrains ou marraines  : le sieur François Nicolas (d’Uzès), Antoine Sabatier, Denis Carrière                   ( fabricant de bas), Philippine Ravanel ( de Blauzac), Henri Carrière (ménager), Jacques La Croix… 

Pierre Nouet (1670-1729) et son épouse  Louise La Croix sont mentionnés dans les registres catholiques du prieur d’Aubussargues, appelé d’Ardouin.  Néanmoins, ils gardent un lien étroit avec la communauté protestante et les assemblées du désert. L’alliance avec  la famille Girand, tisserands de serges de père en fils, révèle leur appartenance à la religion proscrite. De l’union de Suzane Girand et de Louis Nouet naît une fille, Jeanne. Cette dernière se marie à Jacques Boucoiran, compagnon cadissier, originaire de Bourdic. Leurs biens sont saisis en 1751 pour le motif suivant : « fugitifs religionnaires » .  Jacques Boucoiran est envoyé aux galères  sur l’ordre de l’intendant du Languedoc, le vicomte de Saint Priest. Jeanne Nouet demande l’intervention du prieur d’Aubussargues pour demander à l’intendant de la clémence. Le père La Brousse dans sa lettre met en avant l’extrême misère de Jeanne Nouet « aucun bien dans la maison Nouet saisis à Aubussargues  n’appartiennent en aucune façon audit Boucoiran, que lors de son mariage il ne porta aucun effet dans la maison de feu  Louis Nouet, son beau père, … il vous plaira Monseigneur, d’ordonner que les meubles seront rendus aux suppliants ou tout au moins le prix desdits meubles … » [1]

Antoine Nouet, propriétaire à Aubussargues, épouse, en 1760, Marie Girand, fille de Jacques Girand, tisserand. Le mariage a lieu au château d’Aubussargues, en présence de Simon Pierre de Vergèze, seigneur du lieu. Leur fils, baptisé par le pasteur, ( la condamnation aux galères n’a pas  mis fin au Protestantisme chez les Nouet) va s’allier à Catherine Privat, fille de cultivateur.

Au cours du XIX eme siècle, les Nouet sont mentionnés dans les registres en tant que cultivateurs, propriétaires ou propriétaires fonciers. Ils possèdent toujours la coseigneurie. Ils s’allient à : Louise Reboul, Marie Eldin (1855), Louise Maurel (1892). En 1914, vivent dans l’ancienne coseigneurie les deux frères Marcel et René Nouet et leur sœur, Marguerittes Louise. Cette dernière se retrouve seule héritière, après la mort de ses deux frères, tués sur le front, en 1915. Elle épouse Sully Justin Visade, originaire de Garrigues. Cette union met fin  à cinq siècles de présence des Nouet à Aubussargues. 



[1] Archives privées de la famille Nouet, conservées à Aubussargues.

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