Les de Vergèze à Aubussargues

  

Cette famille originaire de la communauté de Vergèze, près de Nîmes, appartient au groupe restreint des vieux lignages de la noblesse uzégeoise. Elle possède la seigneurie d’Aubussargues depuis le XVI eme siècle. Le chartrier de Castelnau mentionne que M de Vergèze descend en ligne directe, par les femmes, des anciens seigneurs de Dions, les de Mancelle.[1] Gagné très tôt par les idées réformées, M de Vergèze devient le chef incontesté de la communauté protestante. C’est lui, en effet, qui donne l’ordre de dévaster les domaines de la famille catholique Rouverié de Cabrières. Lors de la révocation, plusieurs membres de sa famille quitte la France, pour l’Irlande notamment. D’autres, restent en Uzège et poursuivent uniquement des carrières militaires. Ils continuent également d’exploiter le domaine du château d’Aubussargues qui couvrent plus de 100 hectares, à la fin du XVII eme siècle. 

 

Cette famille connaît, au XVIII° siècle, un enrichissement sans précédent, grâce à une habile politique de mariages. En 1745, la succession particulière de Simon-Scipion de Vergèze d'Aubussargues s'élève à 34 000 livres. C'est nettement supérieur à la grande majorité des actes que nous avons présentés.[2] La lignée de Vergèze s'éteint, en 1804, et les biens des barons d'Aubussargues passent  à la famille de Boileau de Castelnau. Ce titre de baron est il reconnu officiellement par la monarchie ? Simon-Scipion de Vergèze a hérité de la totalité des biens de M. de Lauberge, marquis de Cassagnoles, seigneur de Rocheblave et Roqueserrière. Son épouse, Catherine d'Ardouin, lui a apporté en dot 40 000 livres. Le baron d'Aubussargues est allié aux maisons du Caylar, de Beauvoir du Roure, de Lusignan, de Fontarèche, d'Albenas... Ce type d'alliances les différencie des familles uzétiennes. Le lignage d'Aubussargues est d'ancienne noblesse, maintenu au début du XVI° siècle. A la même époque, les de Vergèze héritent par mariage de la seigneurie d'Aubussargues. Cette terre a une particularité : avec les seigneuries ducales, c'est un des rares domaines à être transmis par les femmes, depuis le début du XIV° siècle. Le château d'Aubussargues ne sera jamais vendu; il est encore de nos jours la résidence de la même famille. Cette lignée ne s'allie pas aux notables urbains; elle évolue de manière originale. Dans la stratégie  matrimoniale des seigneurs d'Aubussargues, l'origine marchande des familles uzétiennes paraît rédhibitoire.

   - Les Vergèze et la Révolution.

 En 1790, M de Vergèze est officier municipal à Uzès. Il signe d’ailleurs bon nombre de délibérations. Le 29 mars de la même année, la population se rassemble sur l’Esplanade et refuse de se disperser. Le maire Charles François Trinquelague fait appel au régiment de Bourgogne pour rétablir l’ordre. M de Vergèze, de son côté, se rend chez M de Dampmartin pour lui demander un appui militaire. Suivi par plusieurs notables, le seigneur d’Aubussargues fait placer le drapeau blanc sur l’hôtel de ville. Cette décision provoque plusieurs attroupements qui obligent la municipalité à remplacer le drapeau blanc par le drapeau rouge. En avril 1790, la couleur blanche flotte à nouveau sur l’hôtel de ville. M de Vergèze décide de se retirer de la vie publique. Il est remplacé par M d’Entraigues.

Les révolutionnaires  font alors de M de Vergèze le symbole de l’ancien régime, comme l’attestent ces quelques lignes, tirées de la « Jalesada » :

 

          « Bientôt la cohorte cébèse,   

          Fait bombance et s’imbibe aux dépens de Vergèze,

          De ce seigneur Midas qui aime à thésauriser,

     Et qui est au désespoir  d’être roturisé. »   

 

Le seigneur d’Aubussargues devient donc une cible de choix sous la Révolution. D’ailleurs à cette époque son château est saccagé et une partie des archives brûlées. M de Vergèze part se cacher à Nîmes avec son épouse Catherine d’Ardoin.

 La succession du dernier Vergèze en 1804.

 Monsieur de Vergèze lègue 400 francs aux pauvres de Nîmes, Alès, Cassagnoles, 600 F à sa domestique et le domaine de La Loubière, à Alès, au fils de celle-ci. Il donne 4000 F au capitaine du Pui, 6000 F au baron de Fontarèche et à Mme d'Albenas, ses parents. Son épouse, M. F d'Ardouin, reçoit un capital de 66 000 F, qui produit un revenu annuel de 2000 F.

Ses héritiers universels sont Barnabé, Frédéric, Henri, Alphonse, Augustine, enfants de sa soeur, Catherine, épouse de M. de Boileau de Castelnau. [4] Le patrimoine du baron est partagé en cinq lots qui comprennent, notamment, les châteaux d'Aubussargues, de Cassagnoles et de Rocheblave. Le premier lot revient à Augustine. Elle hérite du château de Cassagnoles, avec 24 pièces de terres, de 300 F de rentes et de 4835 F de capital. Le deuxième lot échoit à Barnabé; il comprend le domaine d'Alès, 300 frcs de rentes, et 4850 F de capital. Le troisième lot est attribué à Alphonse qui reçoit le château de Rocheblave, des pièces de terres, 300 F de rentes et 5124 F de capital. Le quatrième lot est donné à Frédéric. Il hérite des maisons d'Aubussargues, des mûriers des Prades, des bergeries, des moulins, de 30 pièces de terres, de 300 F de rentes et de la somme de 4832 F. Enfin, le dernier lot revient à Henri. Il comprend le grand château d'Aubussargues, 450 mètres carrés de salons au rez- de-chaussée, les vergers, 18 hectares de terres labourables, une bergerie, et d'autres pièces de terres, 320 F de rentes et 4822 F de capital.

 

-Montant de la succession.

 

Héritage particulier : 77 600 francs.

Domaine de  La Loubière : estimation : 5000 F.

Biens fonciers des lots : 250 000 F.

Rentes : 40 000 F.

Capitaux : 24 463 F.

Estimation totale : 397 063 francs.

 

Les revenus des de Vergèze d'Aubussargues varient selon le taux de 11 761 F à 15 682 F. La différence majeure avec les Sconin est la composition de la succession, qui est avant tout foncière : trois châteaux, des maisons, des domaines. Elle est le reflet d'un patrimoine constitué au cours des siècles. Les Vergèze sont, au XVIII° siècle, des militaires qui passent le semestre dans leurs seigneuries. Ils sont propriétaires, depuis 1758, de la coseigneurie de Montaren, estimée     44 500 livres[5] mais, qui ne figure pas dans la succession. Néanmoins, la Révolution ne semble pas avoir porté atteinte à leur patrimoine.

Sucession Vergèze 1804. Tableau bilan.

 

Premier lot

Deuxième lot

Troisième  lot

Quatrième lot

Cinquième lot

 

Augustine de

Boileau de Castelnau

 

 

Barnabé de Boileau de Castelnau

 

Alphonse de Boileau de Castelnau

 

Frédéric de Boileau de Castelnau

 

Henri de Boileau de Castelnau

 

Château de Cassagnoles.

24 pièces de terre

Rente de 300 francs par an.

4835 francs de capital

 

Le domaine d’Alès

300 francs de rente

4850 francs de capital

 

Château de Rocheblave.

Pièces de terre.

300 francs de rente

5124 francs de capital

 

Maisons à Aubussargues.

Les mûriers des Prades.

Les Bergeries

Les moulins

30 pièces de  terre.

300 francs de rente

4832 francs de capital

 

le château d’Aubussargues.

Les vergers

18 hectares de terres labourables.

Une bergerie

Autres pièces de terres.

320 francs de rente

4822 francs de capital.

 

Héritage particulier / 400 francs aux pauvres de Nîmes, Alès et Cassagnoles.

600 francs à sa domestique, et le domaine de La Loubière à Alès, à son fils.

4000 francs au capitaine du Pui

6000 francs au baron de Fontarèche et à Mme d’Albenas.

Son épouse Mme d’Ardouin, 66 000 francs

 Total / 77 000 francs. Foncier 50 000 francs par 5 = 250 000 francs.

Soit  327 000 francs.

 

Auparavant, M de Vergèze possédait aussi le château de Montaren

Valeur 45 000 francs. Total fortune fin 18 eme : environ 400 000 francs.

 

 

[1] - Arch. Dept. Gard 1 MI 141 10. Chartrier de Castelnau. 

[2] - Arch. Dept. Gard 2 E 70 422 folio 139.

[3] - La Jalesada, traduit par Alain Paul, editions IEO, Marpoc, Nîmes, 1989,  p 38.

[4] - Arch. Dept. Gard  chartrier de Castelnau Famille de Vergèze. 1 MI 141 10.

[5] - Arch. Dept. Gard  2 E 70 424 folio 226.

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